ma bohème

photo sur la route d'Hermanne, Hamoir, un homme seul marche, photo dominique houcmant, goldo
Sur la route d’Hermanne, Hamoir

Ma Bohème – Arthur Rimbaud dit par Denis Lavant

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées.
Mon paletot aussi devenait idéal.
J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal :
Oh ! là là, que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied contre mon coeur !

On the road – Arthur Rimbaud | translation: Jeremy Harding

I lit off with my hands in my torn pockets,
My overcoat worn down to a notion;
Walking beneath the sky, Muse! I was all yours.
And – oh my! – what fabulous loves I dreamed of!
My only trousers had a major hole.
A dreamy Tom Thumb, I scattered verses in my path
Like seed. I lodged under the Great Bear,
My stars rustled gently in the sky.
Sat on the road’s edge, I listened out for them
On fine September evenings, sampling the dew
On my face like a heady wine,
And rhyming in the thick of unfamiliar shadows,
As I strummed the laces of my devastated boots
Like lyre-strings, one foot by my heart.