Deux derrière la porte

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deux derrière la porte

Mauvaise compagne, espèce de morte – Jean Cocteau par Serge Reggiani

Mauvaise compagne, espèce de morte,
De quels corridors,
De quels corridors pousses-tu la porte,
Dès que tu t’endors ?

Je te vois quitter ta figure close,
Bien fermée à clé,
Ne laissant ici plus la moindre chose,
Que ton chef bouclé.

Je baise ta joue et serre tes membres,
Mais tu sors de toi,
Sans faire de bruit, comme d’une chambre,
On sort par le toit.

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Un mal qui répand la terreur

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le sanglier sur la cheminée

« Les animaux malades de la peste » de Jean de la Fontaine interprété par Lionel Mazari

Les Animaux malades de la peste – Jean de la Fontaine
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

la femme à barbe

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la femme à barbe au fume-cigarette

« La femme à barbe » de Guy de Maupassant interprété par Jean-Louis Murat

Quand le vilain paillasse eut fini sa parade,
J’entrai. Je vis alors debout sur une estrade
Une fille très grande en de pompeux atours
Que des gouttes de suif tachait comme des larmes.
Roide ainsi qu’un soldat qui présente les armes,
Elle avait le nez fort et courbé des vautours.
Elle était pourtant jeune – une barbe imposante
Lui couvrait le menton, noire, épaisse et luisante.
L’étonnement me prit, puis je voulus savoir !
Je l’invitai d’abord à dîner pour le soir.
Elle y vint, elle était habillée en jeune homme !
Un frisson singulier me courut sur la peau ;
La fille était fort laide et cet homme assez beau.

Moi, je m’assis en face un peu timide, et comme
Si j’allais me livrer à quelques accouplements
Monstrueux… Je sentais venir par moment,
Regardant cette fille aux formes masculines,
Un besoin tout nouveau de choses libertines,
Des curiosités de plaisirs que l’on tait,
Et des frissons de femme à l’approche du mâle.
J’avais la gorge aride et mon cœur palpitait ;
Je me vis dans la glace et me trouvai très pâle ;
Ces malsaines ardeurs me troublaient malgré moi.
Elle but comme un homme et se grisa de même ;
Et puis jetant ses bras à mon cou – Viens, je t’aime,
Mon gros chéri, dit-elle, allons-nous en chez toi.

À peine fûmes-nous arrivés dans ma chambre,
Elle ouvrit ma culotte et caressa mon membre,
Puis se déshabilla très vite. Deux boutons
D’une chair noire et sèche indiquait ses tétons.
Elle était jaune, maigre, efflanquée et très haute.
Sa carcasse montrait les creux de chaque côte.
Pas de seins, pas de ventre – un homme, avec un trou.
Quand j’aperçus cela je me dressai debout ;
Mais elle m’étreignit sur sa poitrine nue,
Elle me terrassa d’une force inconnue,
Me jeta sur le dos d’un mouvement brutal,
M’enfourcha tout à coup comme on fait un cheval,
Et dans son vagin sec elle enserra ma pine.

Sa grande barbe noire ombrageait sa poitrine ;
Son masque grimaçait d’une étrange façon ;
Et je crus que j’étais baisé par un garçon !…

Rapide, l’œil brillant, acharnée et féroce,
Elle allait, elle allait, me secouant très fort.
Elle m’inocula sa jouissance atroce
Qui me crispa les os comme un spasme de mort ;
Et puis tordue, avec des bonds d’épileptique,
Sur ma bouche colla sa gueule de sapeur
D’où je sentis venir une chaude vapeur
De genièvre, mêlée au parfum d’une chique.
Pâmée, elle frottait sa barbe sur mon cou,
Puis soudain redressant sa grande échine maigre,
Elle se releva, disant d’une voix aigre,
– Nom de Dieu, que je viens de tirer un bon coup !

Demain j’arrête !

amoncellement de bouteilles vides. Collecte de verre,
C’est décidé : demain j’arrête !

Boris Vian – Je bois !

Je bois
Systématiquement
Pour oublier les amis de ma femme
Je bois
Systématiquement
Pour oublier tous mes emmerdements
Je bois
N’importe quel jaja
Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinque
Je bois
La pire des vinasses
C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps
La vie est-elle tell’ment marrante
La vie est-elle tell’ment vivante
Je pose ces deux questions
La vie vaut-elle d’être vécue
L’amour vaut-il qu’on soit cocu
Je pose ces deux questions
Auxquelles personne ne répond
Et
Je bois
Systématiquement
Pour oublier le prochain jour du terme
Je bois
Systématiquement
Pour oublier que je n’ai plus vingt ans
Je bois
Dès que j’ai des loisirs
Pour être saoul, pour ne plus voir ma gueule
Je bois
Sans y prendre plaisir
Pour pas me dire qu’il faudrait en finir
Je bois
Dès que j’ai des loisirs
Pour être saoul, pour ne plus voir ma gueule
Je bois
Sans y prendre plaisir
Pour pas me dire qu’il faudrait en finir

Kate Tempest

Kate Tempest
Kate Tempest | Reflektor 11.11.2016
Kate Tempest
Kate Tempest | Reflektor 11.11.2016

Poétesse, romancière et rappeuse, la très engagée anglaise,  Kate Tempest était sur la scène du Reflektor à Liège le 11 novembre 2016.
« Le rôle de l’artiste, c’est d’examiner ce qui se passe dans son époque, de communiquer et de nous rappeler notre humanité, en racontant une histoire ou en jouant de la musique. »

Kate Tempest | Europe is lost (ici la traduction française)

Anthony Joseph | Jazz à Liège

Anthony Joseph & The Spasm Band, jazz musician, spoken word, jazz à liège 2012, music, © photo dominique houcmant
Anthony Joseph

Le poète et musician anglais Anthony Joseph a clôturé en beauté et en énergie la 22ème édition du festival Jazz à Liège 2012. Liège le 12 mai 2012
Anthony Joseph & The Spasm Band – Anthony Joseph (vocal) Andrew John (bass) Christian Arcucci (guitare) Colin Webster (sax) Michel Castellanos (drums) Oscar Martinez (percussion)

Anthony Joseph – British poet, novelist, musician and lecturer

Anthony Joseph & The Spasm Band (myspace) – She is the sea

 

spleen

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Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Charles Baudelaire / Léo Ferré – Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Charles Baudelaire’s – Les Fleurs du mal

When the low, heavy sky weighs like a lid
On the groaning spirit, victim of long ennui,
And from the all-encircling horizon
Spreads over us a day gloomier than the night;
When the earth is changed into a humid dungeon,
In which Hope like a bat
Goes beating the walls with her timid wings
And knocking her head against the rotten ceiling;
When the rain stretching out its endless train
Imitates the bars of a vast prison
And a silent horde of loathsome spiders
Comes to spin their webs in the depths of our brains,
All at once the bells leap with rage
And hurl a frightful roar at heaven,
Even as wandering spirits with no country
Burst into a stubborn, whimpering cry.
— And without drums or music, long hearses
Pass by slowly in my soul; Hope, vanquished,
Weeps, and atrocious, despotic Anguish
On my bowed skull plants her black flag.

Charles Baudelaire, The Flowers of Evil (William Aggeler translation)

la grande odalisque

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Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe ! …
Les Bijoux, Charles Baudelaire

Léo Ferré – Les bijoux (Charles Baudelaire)

la chanson du scaphandrier

scaphandrier, casque de soudeur, © photo dominique houcmant

Mets ton habit, scaphandrier
Descends dans les yeux de ma blonde,
Que vois-tu bon scaphandrier?
Je vois un étrange attirail:
Des fleurs, des oiseaux, du corail,
Et de l’or en fines paillettes.
Mets ton habit, scaphandrier
Descends dans le coeur de ma blonde,
Que vois-tu, bon scaphandrier?
Je vois une source très pure,
Je vois des rires et des deuils,
Une oasis près d’un écueil…
Mets ton habit scaphandrier,
Et dans le cerveau de ma bonde,
Tu vas descendre, que vois-tu?
Il est descendu, descendu…
Et dans les profondeurs du vide
Le scaphandrier s’est perdu.

La chanson du scaphandrier (René Baër – Léo Ferré)

Léo Ferré – La chanson du scaphandrier

I Wonder as I Wander

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Trouver le bonne étoile

Joyeux noël … Feliz navidad … Happy christmas

Audrey Assad – I Wonder as I Wander (Appalachian Christmas carol)

Je me questionne comme je vagabonde
Dehors sous le ciel
Comment Jésus le Sauveur vînt à mourir
Pour sauver humblement les gens
Comme vous et comme moi
Je me questionne comme je vagabonde
Dehors sous le ciel

I wonder as I wander out under the sky,
How Jesus the Savior did come for to die,
For poor orn’ry people like you and like I,
I wonder as I wander, … out under the sky